5 procédés d’écriture qui font mouche en littérature
On aimerait croire qu’un texte émouvant ou brillant tient avant tout à l’inspiration exceptionnelle de son auteur, à cette fameuse « muse » que seuls quelques élus triés sur le volet auraient le privilège de connaître…
En vérité, l’écriture littéraire ressemble bien plus à de l’artisanat que ce que l’on pourrait croire.
Les textes qui captent l’attention, donnent envie de tourner les pages avec frénésie et marquent durablement leurs lecteurs mettent en œuvre des techniques qui ont fait leurs preuves depuis des siècles que la littérature existe et se développe : ce sont les fameux procédés d’écriture.
Figures de style, bien sûr, mais aussi registres littéraires, vocabulaire ou encore points de vue narratifs : la palette des procédés d’écriture disponibles est large.
Si vous êtes aspirant écrivain ou étudiant en littérature, vous pourrez difficilement faire l’impasse sur le sujet, en particulier sur les plus courants d’entre eux.
Voilà qui tombe à pic : un petit passage par notre correcteur d’orthographe saura éliminer les scories frustrantes qui auraient pu se glisser sous votre plume sans y avoir été invitées.
Aussi, si vous vous demandez comment utiliser les procédés d’écriture à bon escient en fonction de l’effet que vous voulez créer, notre chat IA pourrait bien vous aider à mettre vos idées au clair, en vous donnant des définitions et des conseils personnalisés… Conseil d’initié : n’hésitez jamais à lui demander ses sources à chaque requête !
Je retiens
- Un procédé d’écriture est un moyen stylistique, linguistique ou narratif utilisé par un auteur pour produire un effet précis sur le lecteur, et ainsi servir son intention d’écriture.
- Les procédés d’écriture englobent les figures de style, mais pas uniquement. Ils se déclinent en de nombreux effets et catégories.
- Les procédés d’écriture les plus connus et utilisés sont :
- les procédés rhétoriques (ou figures de style),
- les registres littéraires,
- les procédés narratifs,
- les procédés lexicaux,
- les procédés grammaticaux et syntaxiques.
Table des matières
- Rappel introductif : qu’est-ce qu’un procédé d’écriture ?
- 1. Les figures de style : un grand classique
- 2. Les registres littéraires, pour mettre dans le mille à tous les coups
- 3. Les procédés narratifs, ou quand la technique se mêle au fond
- 4. Le vocabulaire et les champs lexicaux, pour que les mots résonnent avec votre pensée
- 5. Les procédés grammaticaux et syntaxiques, moins barbants qu’ils n’y paraissent
- Bonus : la liste des procédés d’écriture au grand complet
Rappel introductif : qu’est-ce qu’un procédé d’écriture ?
Lorsqu’un auteur prend sa plume pour rédiger un texte, qu’importe le genre ou le type d’écrit visé, il cherche à faire passer des idées ou des émotions, à transmettre un message plus ou moins précis, voire à faire naître une atmosphère.
Pour ce faire, il a recours à des procédés d’écriture, que l’on appelle également procédés littéraires.
Avant tout un moyen d’expression pour son auteur, le procédé d’écriture permet de donner du sens à un propos, d’embellir, d’enrichir ou de clarifier le style d’un texte, de mettre en valeur un élément précis (personnage, cadre spatio-temporel, enjeux, thèmes, etc.), ou encore de générer une émotion chez le lecteur.
Il est certes mis en œuvre par l’auteur, mais toujours au service du texte.
(Wally Lamb, Le chant de Dolorès – 1992)
Analyse :
Dans cet extrait pourtant court, l’auteur fait usage de plusieurs procédés d’écriture.
Il y a d’abord des figures de style, dont deux comparaisons (de même que la baleine morte ; comme un cadavre). Aussi, écrire que le cadavre a le don de la parole permet d’attribuer à une entité inanimée une caractéristique typiquement humaine : il s’agit d’une personnification.
Outre les figures rhétoriques, la connotation négative du vocabulaire employé, et notamment l’usage du champ lexical de la mort (morte, cadavre, repose), génère une atmosphère lourde et pesante.
Mis bout à bout, ces procédés d’écriture n’ont l’air de rien, si ce n’est de fioritures destinées à impressionner le lecteur et à flatter son goût pour les proses imagées, mais ils produisent pourtant un effet essentiel : faire comprendre à quel point les souvenirs de Dolorès à propos de Gracewood lui pèsent et la hantent.
Grâce aux procédés d’écriture, un auteur peut personnaliser son texte, mais surtout guider le lecteur là où il veut l’amener.
En résumé, un procédé d’écriture est pour l’auteur le moyen de parvenir à ses fins littéraires.
De ce fait, il n’est jamais employé au hasard…
Aussi, un procédé d’écriture n’est jamais exclusif à un seul genre, bien que chaque genre soit marqué par des procédés récurrents.
Par exemple, on peut trouver des rimes dans des textes en prose (roman, nouvelle…), mais celles-ci sont essentiellement présentes en poésie, en particulier en bout de vers.
De même, l’utilisation du point de vue externe est, par nature, réservée à des textes qui offrent des points de vue plutôt « cliniques », analytiques et détachés des émotions ; on l’imagine difficilement faire irruption dans un texte d’essence lyrique, au risque de manquer son effet…
Il n’y a pas de bon ni de mauvais procédé d’écriture, seulement des utilisations pertinentes ou non pertinentes
Chaque procédé d’écriture, quels que soient sa fréquence d’utilisation, sa popularité ou ses ressorts, a sa raison d’être : émouvoir, persuader, dénoncer, divertir, faire réfléchir… On pourrait presque dire qu’il y a autant de motifs que d’expériences de lecture, et donc de lecteurs, mais ce ne serait pas tout à fait exact…
En effet, si un même récit peut générer des réactions et des émotions différentes d’un public à un autre, certaines techniques font consensus. Essayez donc d’arracher des larmes de tristesse à votre lecteur en écrivant la mort tragique de votre protagoniste à coups de calembours façon « blagues Carambar » et de lexique issu du champ lexical du ridicule…
En fait, on juge surtout de la pertinence et de l’efficacité d’un procédé d’écriture en contexte, soit à la façon dont ses caractéristiques s’appliquent à un texte pour produire l’effet recherché par un auteur.
En d’autres termes, il n’y a pas de procédé meilleur qu’un autre ; seulement des mises en pratique réussies et des effets ratés ! Et en la matière, c’est toujours le lecteur et son ressenti qui ont le dernier mot.
J’avais jamais connu personne dans le genre des parents d’Alicia avant de commencer à sortir avec elle et, au début, j’ai trouvé qu’ils étaient vachement cool – je me rappelle que j’aurais même bien voulu avoir un père et une mère comme eux. Le père d’Alicia a dans les cinquante ans et il écoute du hip-hop. Il est pas très fan, je crois pas, mais il pense que ça peut donner quelque chose et il a rien contre le langage et la violence. Il a des cheveux gris, que la mère d’Alicia rase dans le cou, et il porte un piercing. Il est prof de littérature dans une fac et elle, quand elle bosse pas à la mairie, elle est prof de théâtre. Ou plutôt, elle apprend aux autres comment enseigner le théâtre, quelque chose comme ça. Ils sont réglos, je dirais, Robert et Andréa, et ils ont vraiment été sympas au début. Le seul truc, c’est qu’ils me prennent pour un débile. »
(Nick Hornby, Slam – 2007)
Analyse :
Slam raconte l’histoire de Sam, un adolescent de quinze ans passionné de skateboard dont la petite amie tombe enceinte.
On suit l’histoire, écrite au « Je » narratif, de son point de vue, ce qui implique que l’auteur utilise un vocabulaire familier (zapper pour « oublier », bosser pour « travailler », réglos pour « honnêtes »…) et des tournures châtiées (notamment à travers l’omission des marques de négation).
Cette écriture permet d’insuffler une qualité essentielle au récit : le réalisme. De cette manière, on croit vraiment qu’un adolescent de quinze ans aurait pu écrire son histoire ainsi ; cela ne paraît pas artificiel.
L’auteur (un homme adulte) s’efface derrière son narrateur-personnage, ce qui est le propre de la fiction.
Les procédés d’écriture sont aussi nombreux que divers, à tel point qu’en dresser la liste complète, comme nous nous y sommes attelés à la fin de cet article, relève du casse-tête chinois… et implique une certaine dose de subjectivité.
Certains stratagèmes sont tout de même plus courants que d’autres… La raison d’une telle hégémonie ? Parce qu’ils sont redoutables, pardi !
1. Les figures de style : un grand classique
Elles auront certainement marqué votre scolarité avec leurs noms barbares et leurs mélanges improbables : les figures de style, aussi appelées figures rhétoriques, sont très utilisées en littérature pour rendre un texte plus vivant, plus expressif ou plus convaincant. Pour ce faire, elles n’hésitent pas à jouer avec les mots, leurs sons ou leur sens.
On peut les regrouper en plusieurs grandes familles en fonction de l’effet qu’elles produisent :
- les figures d’analogie,
- les figures d’opposition,
- les figures d’amplification/d’insistance,
- les figures d’atténuation,
- les figures d’omission,
- les figures de répétition,
- les figures de substitution,
- et les figures de construction.
Leur utilisation requiert non seulement une bonne connaissance de son texte et une attention minutieuse aux mots, mais aussi (et surtout) de bien les connaître, dans leur définition comme dans leur morphologie.
| Nom de la figure de style | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| L’allégorie
(figure d’analogie) |
Représente de façon imagée une idée, une morale ou une chose abstraite à l’aide d’un élément concret ou d’une incarnation. | Marianne représentant la République française. |
| L’allitération
(figure de construction) |
Consiste à répéter plusieurs fois un son provenant d’une même consonne dans une phrase, un vers ou une strophe. | Le vent violent vole dans les volets violets. |
| L’anacoluthe
(figure de construction) |
Crée une rupture ou une discontinuité dans la syntaxe de la phrase (en changeant de sujet en cours de route, par exemple). | « Parvenus sur la terrasse, leur regard se perdit d’un coup au-delà de la palmeraie. »
(Albert Camus, L’Exil et le Royaume) |
| L’anaphore
(figure de répétition) |
Répétition d’un même mot ou groupe de mots plusieurs fois au début d’une phrase, d’un paragraphe ou d’un vers en poésie. | « Ciel, mes bijoux ! Ciel, mon coffre ! Ciel, l’argenterie ! Ciel, les voleurs sont passés, et moi je défaille ! » |
| L’antiphrase
(figure d’opposition) |
Consiste à exprimer ce que l’on pense de manière purement ironique. | Dire « Très original ! » à quelqu’un qui vient d’exprimer une idée très banale. |
| L’antithèse
(figure d’opposition) |
Rapprochement de deux mots, idées ou concepts opposés au sein de la même phrase. | « Vivre ou survivre. » (titre d’une chanson de Daniel Balavoine) |
| L’antonomase
(figure de substitution) |
Utilisation d’un nom propre pour désigner un nom commun, ou vice versa. | Dans un langage familier, on appelle parfois un réfrigérateur domestique un « frigidaire » à cause de la marque Frigidaire.
Idem pour le « Kärcher », qui désigne un nettoyeur haute pression. |
| L’apocope
(figure de construction) |
Raccourcissement d’un mot en éliminant sa partie finale, dénotant généralement un langage familier. |
|
| L’aposiopèse
(figure de construction) |
Interruption brutale du discours sous l’effet de l’émotion. | — Elle est apparue dans une robe blanche, nimbée de lumière. J’ai cru à une hallucination, je…
Sa voix s’étrangla en repensant au choc des retrouvailles. |
| L’assonance
(figure de répétition) |
Répétition d’un ou plusieurs sons voyelles dans une phrase ou un vers en poésie. | « Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire. » (Jean Racine) |
| L’asyndète
(figure de construction) |
Omission délibérée des conjonctions de coordination (mais, et, ou, car…) dans une série de phrases, qui produit un effet d’accélération du rythme de l’énoncé ou une mise en valeur du propos. | Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.
(Jules César) |
| Le calembour
(figure de construction) |
Jeu de mots qui repose sur des sonorités similaires ou identiques, mais dont le sens des mots employés diffère. | Une librairie qui porte comme nom « Lis tes ratures » (pour le jeu de mots avec le mot littérature). |
| Le chiasme
(figure de construction) |
Inversion de deux éléments dans la phrase selon une disposition croisée. | Se méfier pour vivre, vivre pour se méfier. |
| Le cliché
(figure d’analogie) |
Expression toute faite, souvent très présente dans le langage courant. | Il n’y a pas de fumée sans feu. |
| La comparaison
(figure d’analogie) |
Consiste à comparer deux éléments au moyen d’un élément de comparaison (mot de liaison dédié, souvent comme ou tel que). | Il était joli comme un cœur. |
| La contrepèterie
(figure de construction) |
Consiste à prendre une phrase et à en permuter plusieurs lettres ou syllabes afin de générer une nouvelle phrase de sens différent, souvent grivois. | Paris Gare de Lyon donne Gary part de Lyon. |
| La digression
(figure de construction) |
Consiste à dévier temporairement du sujet principal d’un discours pour aborder un sujet différent. | — Je ne sais pas quoi faire. Histoire de m’éclaircir les idées, je vais reprendre un peu de cette boisson. Tiens, d’ailleurs, en parlant de boisson tu ne connais pas la dernière : Émile est en cure de désintoxication. Ça ne fait jamais que la troisième… |
| L’ellipse
(figure d’omission) |
Omission volontaire de certains éléments présents dans une phrase, dans un texte ou au sein de la narration dans un récit. | J’ai choisi celle au chocolat, Garance celle à la vanille. (suppression du verbe choisir dans la deuxième proposition de la phrase) |
| L’enjambement
(figure de construction) |
Consiste à répartir une phrase ou une expression sur plusieurs vers en poésie. | « La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles. » (Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du mal) |
| L’épanadiplose
(figure de répétition) |
Consiste à commencer et à terminer une proposition, une phrase ou un vers poétique par le même mot ou groupe de mots. | « La nuit m’a menti, et je retourne à la nuit. » |
| L’épanorthose
(figure de construction) |
Permet de reformuler ses propos afin de les nuancer. | J’ai faim, que dis-je, je suis affamée ! |
| L’épiphore
(figure de répétition) |
Reprise d’un mot ou d’un groupe de mots à la fin de plusieurs phrases ou vers successifs. | Elle pensait haut, elle rêvait haut, elle s’indignait haut. |
| L’euphémisme
(figure d’atténuation) |
Modulation d’une tournure pour la rendre moins choquante ou désagréable. | Dire pousser son dernier mourir pour signifier mourir. |
| La gradation
(figure d’amplification ou d’atténuation) |
Juxtaposition de mots appartenant à la même classe grammaticale et dont le sens va crescendo ou decrescendo. | Je n’avais encore jamais goûté un fruit aussi bon, délicieux, mémorable. |
| L’hyperbate
(figure de construction) |
Mise en évidence de certains mots en changeant leur ordre habituel dans la phrase. | « Toujours en mouvement est l’avenir. » (Maître Yoda – personnage fictif de l’univers de Star Wars) |
| L’hyperbole
(figure d’insistance) |
Consiste à exagérer ses propos à l’extrême pour mieux faire passer son ressenti/son message. | Dire « Je meurs de soif ! » pour signifier que l’on a envie de boire. |
| L’hypotypose
(figure d’amplification) |
Description intense et détaillée d’une scène qui donne l’impression de la vivre de l’intérieur. | « C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point. »
(Émile Zola, Germinal) |
| La juxtaposition
(figure de construction) |
Placement de deux objets, idées ou images côte à côte sans utiliser de mot de liaison, avec ou sans signe de ponctuation faible. | Matin, midi, soir, le grand cirque des orgueilleux battait son plein. |
| La lapalissade (ou vérité de La Palisse)
(figure d’exagération) |
Affirmation si évidente ou naïve qu’elle provoque ironie ou jugement négatif chez son interlocuteur. | L’eau, ça mouille. |
| La litote
(figure d’atténuation) |
Consiste à en dire moins pour suggérer davantage au moyen d’une négation. | Je ne vous hais point. |
| La métaphore
(figure d’analogie) |
Confrontation de deux éléments sans utilisation d’un élément grammatical de comparaison (en opposition avec une comparaison). | Ce patron est un cerbère ! |
| La métonymie
(figure de substitution) |
Substitution d’un mot ou groupe de mots pour évoquer une chose qui lui est associée, dont il fait partie. | Toute la salle a applaudi (ce sont les gens présents dans la salle qui ont applaudi, pas la salle elle-même). |
| L’oxymore
(figure d’opposition) |
Association de deux termes ou expressions foncièrement contradictoires au sein d’un même groupe de mots. | Un silence assourdissant. |
| Le palindrome
(figure de construction) |
Mot, phrase ou expression que l’on peut lire de la même manière de gauche à droite ou de droite à gauche sans que son sens change. | Été à l’envers donne : été. |
| Le parallélisme
(figure de répétition/d’insistance) |
Répétition symétrique de la même structure de phrase au sein d’un énoncé. | Parfois, j’aime peu.
Souvent, j’aime trop. |
| La paronomase
(figure d’analogie) |
Consiste à rapprocher des mots qui présentent une similarité formelle ou sonore, ou bien une parenté sur le plan étymologique. | Après l’effort, le réconfort. |
| Le pastiche
(figure de substitution) |
Imitation du style d’un autre artiste ou d’une œuvre d’art en particulier. | Le film The Artist de Gérard Hazanavicius est un pastiche du cinéma muet hollywoodien des années 1920-1930. |
| La périphrase
(figure de substitution) |
Remplacement d’un mot par une expression dont le sens est suffisamment explicite pour qu’on fasse le lien entre les deux. | Marseille = La Cité phocéenne. |
| La personnification
(figure d’analogie) |
Consiste à attribuer des qualités humaines à des entités non humaines (animaux, plantes, objets, concepts abstraits…) | La neige dansait devant le pare-brise. |
| Le pléonasme
(figure de répétition) |
Répétition d’une idée déjà exprimée précédemment à l’aide de termes redondants. | Descendre en bas (si on descend, c’est forcément pour aller en bas…). |
| La prétérition
(figure d’atténuation) |
Consiste à dire quelque chose en faisant mine de ne pas l’exprimer. | Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler que la bibliothèque ferme à 19 heures tapantes. |
| La redondance
(figure d’insistance) |
Expression d’une même idée ou information sous une forme différente. | Quelle beauté, quelle splendeur ! |
| Le syllogisme
(figure d’analogie) |
Raisonnement logique qui repose sur au moins trois propositions : deux prémisses (ou plus) qui, lorsqu’elles sont mises en relation, débouchent sur une conclusion. | Prémisse 1 : Les poissons respirent sous l’eau.
Prémisse 2 : Il n’y a pas de plan d’eau dans cette grotte. |
| La synecdoque
(figure d’analogie) |
Utilisation d’une partie d’un objet ou d’un concept pour représenter l’ensemble de cet objet ou de ce concept (ou inversement). | Lorsqu’on dit qu’on prendrait bien un verre de vin, on fait surtout référence au contenu (le vin) plus qu’au contenant (le verre). |
| La tautologie
(figure de répétition) |
Répétition d’une même idée, sous une autre forme ou en des termes identiques. | Un sou est un sou. |
| Le truisme | Expression d’une vérité absolument évidente. | Tu sais, l’hiver est la plus froide des saisons. |
| Le virelangue
(figure de construction) |
Phrase, proposition ou série de mots difficiles à prononcer correctement en raison de la présence d’allitérations, d’assonances ou de consonnes dont la prononciation est si semblable qu’elles se confondent les unes avec les autres. | Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches, archi-sèches ? |
| Le zeugme (ou zeugma)
(figure d’analogue) |
Liaison de deux ou plusieurs éléments dans une association incongrue. | Ainsi, je fermai la porte et mes yeux. |
Avec toutes ces possibilités, on peut difficilement imaginer tomber en panne d’idées pour sublimer la forme de son récit, n’est-ce pas ?
Suivent l’hyperbole et la personnification.
2. Les registres littéraires, pour mettre dans le mille à tous les coups
Par « registre littéraire », on entend l’ensemble des caractéristiques d’un texte qui provoquent des émotions et des réactions particulières chez un lecteur (ou un spectateur au théâtre).
Elle est notamment liée à l’aspect formel, c’est-à-dire à la façon dont le texte est écrit, plutôt qu’à ce qu’il dit. Cela comprend de fait les figures de style, mais pas seulement : champs lexicaux, ponctuation expressive… Les possibilités sont nombreuses et cumulables à l’infini (en tout cas, en théorie…).
Ce qui importe, c’est que ces techniques s’additionnent pour produire le même effet ou un effet similaire ; on peut alors parler de registre littéraire, et en identifier un ou plusieurs en particulier.
En cela, vous pouvez considérer le registre littéraire comme une sorte de « super-procédé d’écriture », car il naît du cumul de plusieurs procédés littéraires.
Il est d’autant plus utile pour un auteur qu’il augmente les chances d’atteindre l’effet qu’il vise, car il permet de multiplier les effets de style. Attention toutefois : ce n’est pas une raison pour verser dans la surenchère excessive ; comme tout en matière d’art et de littérature, tout est dans le dosage…
Il existe une quinzaine de registres littéraires, dont les principaux sont le registre tragique, le registre lyrique, le registre épique, le registre réaliste et le registre comique.
| Registre littéraire | Définition/effet induit | Procédés d’écriture mobilisés |
|---|---|---|
| Registre tragique | Exprime l’angoisse d’un personnage confronté à un destin funeste et inévitable, des choix impossibles et une fin malheureuse (bien souvent la solitude ou la mort). | Champs lexicaux de la mort et de la fatalité, figures d’emphase, questions rhétoriques… |
| Registre dramatique | Génère une forte tension en faisant rapidement se succéder des évènements et péripéties inattendus. | Rythme narratif accéléré, phrases vives, récit en suspens, exclamations… |
| Registre pathétique | Vise à susciter la pitié et la compassion du lecteur face aux situations vécues et subies par les personnages. | Champ lexical de la souffrance, tirades affectées, hyperboles… |
| Registre lyrique | Exprime des émotions intimes, des sentiments personnels ou universels tels que l’amour ou la nostalgie. | Usage du « Je » narratif, métaphores, ton grandiloquent, hyperboles, champ lexical de l’amour et de l’affection… |
| Registre épique | Sert à raconter de grands exploits, des actions exceptionnelles (et souvent sacrificielles) portées par des héros forts et courageux. | Hyperboles et autres figures d’emphase, accumulations, registre de langue soutenu, champ lexical de la guerre et de la bataille… |
| Registre merveilleux | Présente des éléments surnaturels ou magiques (fées, dragons, lutins, animaux anthropomorphes, objets magiques…) admis comme totalement normaux par les personnages. | Mise en scène de personnages et d’objets magiques, univers féérique, champ lexical de la magie… |
| Registre fantastique | Instaure un dilemme pour le lecteur à travers les questionnements du personnage, qui se demande si un évènement inexplicable est d’origine réelle ou surnaturelle. | Instauration d’une atmosphère inquiétante grâce au champ lexical de l’incertitude et du lugubre, enchaînement d’évènements inexplicables, hésitation voire basculement dans la folie du ou des personnages… |
| Registre comique | Cherche à divertir, à faire sourire ou rire le lecteur. | Jeux de mots, quiproquos narratifs, caricatures, répétitions, figures d’exagération… |
| Registre burlesque | Crée un contraste entre un sujet ou un contexte noble, et un style familier, voire vulgaire. | Registre de langue familier, comparaisons peu flatteuses, caricatures… |
| Registre ironique | Consiste à dire le contraire de ce que l’on pense pour se moquer, critiquer ou faire rire. | Antiphrase, litote, hyperbole, répétitions, sous-entendus… |
| Registre satirique | Se veut critiquer et tourner en dérision des défauts, des vices ou les absurdités d’une personne, d’un groupe social ou d’une société dans son ensemble. | Caricatures, champ lexical du ridicule, exagérations… |
| Registre polémique | Sert à mener un combat verbal, à attaquer un adversaire et à défendre vivement des idées, par une argumentation souvent agressive et acide. | Champ lexical de l’invective, vocabulaire très connoté, exclamations fortes, emploi de l’ironie… |
| Registre laudatif | Vise à faire l’éloge d’une personne, vanter ses mérites et exprimer sa vive admiration vis-à-vis d’elle. | Vocabulaire extrêmement mélioratif, hyperboles et superlatifs, comparaisons valorisantes, envolées lyriques… |
| Registre didactique | Cherche à instruire, transmettre un savoir ou donner une leçon morale au lecteur. | Neutralité de ton, objectivité de l’auteur, utilisation marquée de connecteurs logiques, champs lexicaux de la science et de la connaissance, vocabulaire précis et technique… |
| Registre réaliste | Se veut reproduire la vie quotidienne et « moyenne » de tout un chacun, créant une illusion du vrai grâce à des personnages ordinaires, des lieux existants et un vocabulaire adapté aux usages du quotidien. | Descriptions détaillées, accumulations de détails concrets et empruntés au réel, vocabulaire technique et précis… |
(Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour – 1834)
Il concerne notamment le type de vocabulaire employé, la syntaxe mise en œuvre et le niveau de langue (soutenu, courant ou familier)
3. Les procédés narratifs, ou quand la technique se mêle au fond
Les procédés narratifs correspondent aux choix qu’un auteur fait pour raconter une histoire.
Ils relèvent de l’organisation et du déroulement d’un récit.
Elle englobe ce que l’on raconte (intrigue, personnages, morale…), mais aussi comment on le raconte.
La narration s’appuie sur trois instances du récit :
- les personnages, qui subissent ou engendrent les évènements relatés,
- le narrateur, qui incarne la voix qui relate ces péripéties,
- l’auteur, qui tire les ficelles et joue avec les personnages.
Parmi les procédés narratifs les plus courants, on trouve :
- l’utilisation d’ellipses, d’analepses et de prolepses – autrement appelés flashbacks (= retours en arrière) et flashforwards (= bonds en avant) dans les manuels de narratologie actuels,
- la gestion de l’alternance entre narration et dialogues,
- le choix du type d’incipit (descriptif ou in medias res),
- les choix relatifs à l’énonciation, comme l’emploi d’une personne narrative (« je », « tu », « elle/il »…) en particulier,
- et enfin le choix du ou des points de vue narratifs, qui est peut-être le plus important de tous. Un récit intéressant, immersif et bien construit ne saurait faire l’impasse sur ce point, si bien qu’il mérite que l’on s’arrête plus particulièrement sur ce procédé narratif.
Les points de vue narratifs
Le point de vue narratif (ou focalisation, ou voix narrative), c’est la perspective du narrateur, soit l’angle de vue choisi par un auteur pour raconter une histoire.
On discerne seulement trois grands types de points de vue narratifs :
- le point de vue interne, où le lecteur accède au récit via les perceptions, les sentiments, les sensations et le vécu d’un personnage en particulier.
- le point de vue externe, où le narrateur se place en observateur extérieur de l’histoire et des personnages, sans jamais avoir accès aux pensées d’aucun d’eux.
- le point de vue omniscient (ou focalisation zéro), où le narrateur sait absolument tout de tous les personnages de l’histoire, y compris leur passé et leur futur.
En effet, elle peut s’appliquer à chaque type de point de vue (y compris le point de vue interne, que la narratologie nomme alors troisième personne focalisée pour l’occasion).
Aussi, même si aucun point de vue narratif n’est imposé par un genre en particulier, certains genres littéraires ont tendance à privilégier un ou plusieurs types de points de vue narratifs (par exemple, la romance contemporaine utilise exclusivement le point de vue interne à la première personne du singulier ; il s’agit là d’une norme tacite, installée par l’usage pour répondre aux attentes des lecteurs de romance, une littérature de genre très codifiée).
Plus globalement, le point de vue interne est surreprésenté dans la littérature des années 1900 et 2000, tandis que le point de vue externe est le plus rare. Peu immersif et possédant une marge de manœuvre très limitée, on réserve généralement son emploi à de courts passages, afin de générer un effet de contraste ou de distance appuyé.
— Écoutez, dis-je, appelez Maître Clayton. Il vous dira que cela ne pose pas de problème.
— Nous ne sommes pas censés déranger les gens sauf en cas d’urgence.
— Eh bien, y a-t-il quelqu’un là-haut ?
Il consulta un registre.
— Un certain Stein, dit-il enfin. Mais j’ai pas…
— Laissez tomber, répondis-je sèchement avant de ressortir dans la moite nuit de septembre. »
(Michael Nava, L’enfance du crime – 1990)
Commentaire :
Ce roman policier est écrit au point de vue interne : celui du personnage principal, un avocat californien.
Ce n’est pas pour rien si ce point de vue est le plus populaire. Il possède en effet un double avantage : il permet une meilleure immersion dans les pensées du personnage tout en limitant le récit à sa seule perspective.
En d’autres termes, on découvre l’histoire en même temps que le personnage la déroule, sans indice sur ce qui se déroule en d’autres lieux ou sur la façon dont les autres personnages vivent les événements.
Dans un polar, c’est d’autant plus avantageux que cela permet de maintenir le mystère et d’essayer de résoudre l’énigme en même temps que le personnage-enquêteur.
4. Le vocabulaire et les champs lexicaux, pour que les mots résonnent avec votre pensée
Le vocabulaire et les champs lexicaux appartiennent tous deux au même champ : celui des procédés lexicaux. Ce concept a trait au choix des mots qui composent un texte.
Inutile de préciser que, dans un écrit à dimension littéraire, les mots sont au cœur de la démarche d’un auteur. Ce sont essentiellement eux qui permettent de transmettre une émotion, de créer une atmosphère, ou encore de transmettre une opinion, un point de vue sur le monde.
La connotation du vocabulaire employé (mélioratif, péjoratif ou neutre) ainsi que l’utilisation de champs lexicaux peuvent apporter à un texte une couleur à nulle autre pareille, de même que le niveau de langue mis en œuvre.
Exemple :
Le champ lexical de la mort comprend des mots comme décès, trépas, cadavre, défunt, agonie, funérailles, sépulture, deuil, morgue, funèbre, macabre, inerte, inhumation…
5. Les procédés grammaticaux et syntaxiques, moins barbants qu’ils n’y paraissent
Il y a de fortes chances que l’école vous ait laissé un souvenir amer de la grammaire et que vous n’ayez plus jamais envie d’en entendre parler.
Si vous êtes un lecteur, c’est votre droit le plus légitime. Mais si vous êtes auteur, ce serait une faute majeure que de faire l’impasse sur la grammaire et son double moins maléfique qu’il en a l’air, la syntaxe.
D’autant que parmi les procédés d’écriture, on compte quelques procédés grammaticaux et syntaxiques susceptibles d’apporter corps et voix à votre texte à moindre coût :
- les types de phrases (parmi lesquels la phrase déclarative, la phrase interrogative, la phrase exclamative et la phrase impérative, mais aussi les phrases non conventionnelles telles que la phrase non verbale),
- les temps et les modes verbaux,
- les connecteurs logiques (conjonctions de coordination, conjonction de subordination…) ou les pronoms relatifs,
- les propositions subordonnées (propositions subordonnées circonstancielles, propositions subordonnées complétives, propositions subordonnées conjonctives, propositions subordonnées relatives),
- la casse des lettres et la typographie des mots (minuscules ou majuscules, italique ou romain…),
- la ponctuation employée (point d’exclamation, point d’interrogation, point, point-virgule, virgule, points de suspension, tiret cadratin, etc.)…
Il ne s’agit pas vraiment ici de faire la chasse à la moindre faute grammaticale (notre correcteur orthographique n’est-il pas là pour ça ?), mais davantage de penser le choix des classes grammaticales et la construction des phrases en vue de générer différents effets à la lecture.
Les procédés grammaticaux et syntaxiques ont une grande influence sur la rythmique et le ton de la phrase, mais aussi sur les nuances de sens qu’un même mot ou qu’une même assertion peut exprimer. En réalité, ils touchent à l’essence même du texte, à sa singularité.
ll serait par conséquent dommage de se priver de leurs services, au risque de louper une marche, et pas la moins importante…
- Nous nous trouvions sur le port. Une mouette surveillait les touristes. Son œil était expert. Gare à ceux qui oseraient se balader sur la jetée avec un cornet de frites ou une glace à vue. Le vent soufflait. Les bourrasques étaient violentes. Pourtant, Frida se tenait debout dans la tempête. Elle était plus digne que jamais. Elle était aussi plus solide. Sa résilience et son calme n’avaient de cesse de m’impressionner. Elle revenait de si loin.
- Sur le port, une mouette surveillait les touristes d’un œil expert. Gare à ceux qui oseraient se balader sur la jetée avec un cornet de frites ou une glace à vue ! Le vent soufflait en de violentes bourrasques, et pourtant Frida se tenait dans la tempête, plus digne, plus solide que jamais. Sa résilience et son calme n’avaient de cesse de m’impressionner. Elle revenait de si loin…
Analyse :
Les deux versions de ce texte disent la même chose sur le fond. Pourtant, la forme est sensiblement différente du premier au deuxième, et notamment sur le plan de la syntaxe.
La première mouture a davantage tendance à enchaîner les phrases sujet-verbe-complément et à garder un ton neutre, avec uniquement des points simples en guise de ponctuation finale. Le rendu est finalement assez scolaire, peu harmonieux sur le plan rythmique et terne à l’oreille, voire lourd par moments (Elle était plus digne que jamais. Elle était aussi plus solide.).
La deuxième mouture, elle, varie le rythme et se permet de composer avec des phrases plus longues. En outre, côté ponctuation, l’usage d’un point d’exclamation insuffle un vent de dynamisme au texte, tandis que les points de suspension de la phrase finale instaurent une forme de suspense quant à ce que Frida aurait vécu. Le résultat est non seulement plus esthétique, mais également plus fluide à la lecture ; on pourrait dire que « les mots coulent tout seuls ».
C’est là tout l’intérêt des procédés grammaticaux et syntaxiques : ils travaillent à rendre la forme harmonieuse et à organiser la mélodie des mots, mais aussi à insister sur certains aspects du récit pour convaincre le lecteur de leur importance présente ou à venir.
C’est un moyen aussi redoutable qu’accessible de ne rien laisser au hasard. Et c’est souvent à cela que l’on reconnaît un bon texte.
Bonus : la liste des procédés d’écriture au grand complet
Hormis les cinq grandes catégories de procédés d’écriture citées ci-dessus, on en compte également quelques autres non moins dignes d’intérêt, comme les procédés d’énonciation, qui orientent les choix linguistiques spécifiquement faits pour communiquer, ou encore les procédés sonores, qui jouent sur la mélodie et le rythme des mots.
Pour y voir clair en un coup d’œil, voici la liste des procédés d’écriture, famille par famille.
| Liste des procédés d’écriture | |
| Les procédés rhétoriques (figures de style) |
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| Les registres (ou tons) littéraires |
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| Les procédés narratifs |
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| Les procédés d’énonciation |
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| Les procédés lexicaux |
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| Les procédés grammaticaux et syntaxiques |
|
| Les procédés sonores |
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